Ainsi nous voilà en hiver... Belle saison, qui nous met face à la seule réalité : Le froid. Il est actuellement 18h48, je pars bientôt manger quand j'aperçois par mon velux un filtre opaque blanc sur les cotés, et sombre au c½ur.
J'imagine bien de la neige, et j'ouvre ce velux, vois un peu. Surprise ! Dame nature n'a pas laissé l'homme soif de plaisir saisonnier, la neige est là, sur bien 15cm de hauteur ... C'est plaisant. Une idée fourmille dans ma tête ... Je pars manger. A mon retour, j'entends toujours ce vent hivernal virevoltant les petit flocons maladroitement, à vitesse croissante. Que j'aime cette saison, qui donne au solitaire tout son monde ! La superficialité n'existe plus ce soir à ce que je vois, seulement des visages marqués dans la rue des quelques passants, des grimaces de froid.
Il est 21h42, mes parents se couchent, je me faufile discrètement en bas, et je mets ma paire de rangers ainsi que mon cuir épais pour m'aventurer dans un quartier connu sous bien d'autres cadres que celui de l'Hiver. Quelques pas en direction du cimetière, je me rends compte que les gitans qui logent ont fait rentrer leurs chiens, c'est pas plus mal ... Ca m'évitera de courir ! Je m'aventure sur une dizaine de kilomètres en direction de la sortie de la ville, vers la campagne, musique dans l'oreille, je marche en me perdant dans cette béatitude ! Merde ! Où sui-je ? Je ne sais pas, mais je continue, après tout je ne fais rien demain, j'aurais le temps de me reposer de cette escapade nuptiale !
Et là ... Un vent glacial gèle mes joues et mes tempes, me frappant de plein fouet, gelant toutes parties visibles de mon corps ... Je marche toujours. PAF ! Plus de batterie ! Putain !
Ouf, une forêt, je vais attendre que le calme revienne ...
Naïveté ! Il n'en est rien, le blizzard s'abat ici, et je décide de m'engouffrer dans cet horizon désertique que je ne connais pas (ou plus) ... Je marche, et je me gèle, tout en ne retrouvant rien, aucune civilité, aucun animal, pas un renard ni un des si communs corbeaux qui sillonnent ces champs de haut en bas en quête d'un maigre repas, et je continue, moi, Loïc, à vouloir défier ma résistance à tant de solitude, de froid. Il doit être 3h du matin ... Plus j'avance, plus je sens les champs de terre craquer sous mes rangers à la semelle plus rigide que du bitume. Je suis glacé, je souffre ... Je regarde un panneau marquant Ferrière, je sais par où passer désormais ! Je ne suis plus perdu dans ce monde qui m'est inconnu !
J'avance toujours, mais plus dans l'optique de m'amuser mais d'arrêter de souffrir, je marche et j'observe, il n'y a plus que moi qui existe désormais, et bien évidemment, ce vent et cette neige qui s'éperdent à vouloir avoir raison de ma sombre carcasse traînante ; mais je tiens bon. Une espèce de rafale arrive, faisant voler quelques objets légers et encombrants. Je fais attention, quand je prends enfin confiance en cette route si traître, je me mange une branche, et je tombe, de fatigue à la fois ... Mais pas le droit de m'arrêter, je suis en train de me mourir, je continuerais d'avancer, cette fois, c'est ma survie qui en dépend, et non mon amour propre ! Je vois désormais un panneau marqué « Pont de Metz » et je suis heureux, je sais qu'il ne me reste plus que 15 petites minutes de marche. Je décide de courir, et j'arrive enfin à mon petit quartier si tranquille ...
Je regarde l'heure sur le décodeur CanalSat, il m'indique qu'il est 5h37, il est drôlement tôt ...
Je me déshabille et monte dans ma chambre, à regarder ce blizzard qui n'en finit pas, et je ne me souviens que de peu de choses après, je me suis écroulé, fatigue oblige, dans mon lit, en ne pensant qu'à ceux qui vivent ce froid, cet enfer masqué tous les soirs, et qui luttent à la simple pensée que le lendemain, une nouvelle bouteille de rouge les attend, et je m'endors ...
Le lendemain, je me souvenais de chaque détail, et chaque ressenti de cette épopée solitaire, en me disant qu'il faudra la revivre un jour ... Peut-être l'année prochaine...